Pumptracks et marchés publics : qui conçoit, qui décide, qui réalise ?

Lorsqu’une collectivité souhaite construire un pumptrack, plusieurs façons de mener le projet sont possibles. Ces différences peuvent, au premier abord, sembler essentiellement administratives. Pourtant, le choix du montage peut avoir une influence directe sur la qualité du Pumptrack qui sera finalement construit. 

Pour comprendre pourquoi, il faut d’abord distinguer trois rôles : le maître d’ouvrage, le maître d’œuvre et l’entreprise de réalisation.

Le maître d'ouvrage : celui qui porte le projet

Le maître d’ouvrage (MOA) est à l’origine du projet et en définit les objectifs. 

Dans le cas d’un pumptrack public, il s’agit généralement d’une commune, d’une communauté de communes ou d’une autre collectivité. 

C’est elle qui définit son besoin : elle souhaite par exemple réaliser un pumptrack sur une parcelle donnée, avec un certain budget et certains objectifs. 

La maîtrise d’ouvrage porte le projet, en assure le financement et prend les principales décisions. 

Le maître d'œuvre : celui qui conçoit

Le maître d’œuvre (MOE) est chargé de transformer le besoin du maître d’ouvrage en projet financièrement et techniquement réalisable. 

Il peut s’agir d’un architecte, d’un paysagiste, d’un bureau d’études ou d’une équipe regroupant plusieurs compétences. 

Selon sa mission, il peut notamment concevoir le projet, produire les plans et documents techniques, estimer son coût, préparer le dossier permettant de consulter les entreprises et suivre ensuite l’exécution des travaux. 

Dans un projet comprenant plusieurs équipements : pumptrack, skatepark, terrains sportifs, cheminements, espaces verts, éclairage, etc., cette organisation est parfaitement logique. 

Le maître d’œuvre assure alors la cohérence générale de l’aménagement. 

Mais le pumptrack possède une particularité : sa qualité dépend énormément de la connaissance de la pratique.

Quelques dizaines de centimètres, un rayon de courbe, une pente, un enchaînement ou une transition peuvent transformer complètement le comportement d’une piste, remettre en question l’organisation des aménagements qui l’entourent et avoir des conséquences sur l’ensemble du projet. 

Un excellent architecte ou paysagiste n’est donc pas nécessairement un excellent concepteur de pumptracks.

L'entreprise : celle qui construit

Une fois le projet conçu, le MOA peut lancer un marché de travaux. 

Les entreprises répondent alors sur la base des documents préparés par la maîtrise d’œuvre.

Dans un schéma classique, on obtient donc : 

Maître d’ouvrage (MOA) – Maître d’œuvre (conception) – Entreprise (réalisation). 

Pour de nombreux ouvrages, ce fonctionnement est très efficace. 

Pour un équipement sportif très spécialisé comme un pumptrack, il faut cependant s’assurer que la compétence spécifique est présente dès la conception. 

Une autre approche : associer conception et réalisation

Il existe également des montages permettant d’associer plus étroitement les compétences. C’est ce qu’on appelle un marché de Conception Réalisation

L’intérêt est simple : l’entreprise spécialisée peut mettre son savoir-faire et son expérience de terrain au service de la conception de la piste, plutôt que de devoir réaliser strictement un projet entièrement défini en amont. 

Pour un pumptrack, cette capacité peut être particulièrement intéressante puisque le design et la réalisation sont étroitement liés. 

Cela ne signifie pas qu’un marché séparant maîtrise d’œuvre et travaux donnera nécessairement un mauvais pumptrack. 

Le véritable enjeu est ailleurs : qui possède la compétence pumptrack au moment où les choix importants sont faits ?

Pourquoi les variantes peuvent devenir importantes

Lorsqu’un projet de pumptrack a déjà été dessiné dans le cadre d’une maîtrise d’œuvre, les entreprises spécialisées peuvent parfois identifier des améliorations possibles. 

Dimensions des virages, lignes, trajectoires, niveaux de difficulté, circulation des pratiquants, exploitation de la topographie : leur expérience peut conduire à proposer une solution différente.

Selon le cadre du marché et les documents de consultation, des variantes peuvent permettre aux candidats de proposer une solution alternative. 

C’est potentiellement très intéressant : le MOA conserve un cadre précis – parcelle, budget, programme, contraintes – tout en permettant à des spécialistes d’apporter leur savoir-faire. 

À l’inverse, lorsqu’un marché impose très précisément le plan et ne laisse aucune latitude pertinente aux entreprises, celles-ci doivent essentiellement chiffrer et construire ce qui a déjà été conçu. 

Si la conception initiale n’est pas bonne, il devient beaucoup plus difficile de la corriger.

Le prix n'est donc pas le seul sujet

Deux pumptracks de même surface et de même budget peuvent procurer des expériences radicalement différentes. 

Un pumptrack réussi doit fonctionner pour plusieurs niveaux de pratique, proposer des trajectoires intéressantes, conserver du rythme, ainsi que rester ludique et attractif après des centaines de passages. 

Le MOA qui souhaite créer un équipement « vitrine » a donc intérêt à regarder non seulement qui va construire, mais aussi qui va réellement concevoir la partie sportive. 

La compétence spécifique peut être intégrée de différentes manières : au sein de la maîtrise d’œuvre, via un spécialiste associé à celle-ci, ou au travers d’un montage permettant aux entreprises spécialisées de contribuer à la conception. 

Une question simple à poser dès le début

Avant même de discuter de marques, d’entreprises ou de solutions techniques, le MOA peut donc se poser une question : 

«Qui, dans notre organisation, possède les compétences nécessaires pour concevoir un pumptrack pérenne et fonctionnel ?» 

Si la réponse est claire dès le départ, le montage choisi peut parfaitement fonctionner. 

Si personne ne possède cette compétence, le risque est de découvrir le problème beaucoup trop tard, lorsque les plans sont terminés, le marché de travaux lancé et les possibilités de modification devenues très limitées.

En matière de pumptrack, la qualité finale ne commence pas avec le premier coup de pelle. Elle commence avec la manière dont le projet est organisé et conçu.